lines and light

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L’Acte de lumière – Série à l’encre dorée 100 × 70 cm, papier et plexiglas, 2006-2011 Munich (DE)

 

Le processus comme enseignement : ces dessins ne se conçoivent pas intellectuellement, ils se font, trait après trait, heure après heure. L’encre dorée tracée à la main sur 100 × 70 cm demande une présence totale. Pas de repentir possible. Chaque ligne engage tout l’être : le souffle, l’attention, l’énergie du cœur qui descend par le bras et s’inscrit en or sur la matière. Faire pour incarner : pendant l’exécution, je ne représente pas la lumière, je la deviens. Le geste répétitif devient méditation. Le tracé continu efface progressivement le mental analytique. Ce qui reste : un flux qui traverse, une énergie qui se matérialise. Je suis simultanément créateur et témoin, mes mains savent avant que mon esprit ne comprenne. Ces dessins portent en eux toutes les heures de présence qui les ont créés. Le temps condensé devient espace. Quand un spectateur les contemple, il entre en résonance avec ce temps cristallisé, avec tous ces moments de présence totale. Le passé de la création et le présent de la contemplation s’intriquent.
-« La véritable nature des êtres se révèle dans leur relation aux autres » : ces traits dorés  et ces multiples prénoms l’incarnent littéralement. Aucune ligne n’est autonome. Chacune naît de sa relation avec les précédentes, crée l’espace par son dialogue avec les autres. En les traçant pendant des heures, j’apprends viscéralement l’interdépendance. Le faire devient philosophie corporelle.
-« Nous portons déjà la forme de la lumière » : le processus le révèle physiquement. L’énergie qui monte du centre du corps, parcourt le bras, s’écoule par le pinceau en ligne d’or. Ce n’est pas une métaphore mais une expérience concrète : mon corps devient canal transformant la lumière intérieure en lumière visible.
-« L’acte de lumière prend sa source dans le cœur humain » : chaque trait part littéralement du cœur. Le rythme cardiaque influence le geste. Le souffle rythme la ligne. L’énergie vitale se transforme en inscription lumineuse. Le dessin rend visible ce qui est toujours vrai mais habituellement invisible.
Papier ou plexiglas : deux expériences du faire. Le papier absorbe l’or, retient le geste dans ses fibres avec intimité. Le plexiglas transparent laisse glisser, ne pardonne rien, dialogue avec l’espace derrière lui. Chaque support demande une qualité de présence différente. Munich, lumière nordique : ces dessins ont été tracés sous cette clarté froide qui fait scintiller l’or différemment. Le processus inclut cette qualité de lumière extérieure qui rencontre la lumière intérieure devenue ligne. Ils ont été exposés à « Rencontre avec soi-même » et « Les sens de la lumière – plus qu’il n’y paraît » (« Light senses – mehr als es scheint ») Aéroport de Munich: le titre de cette dernière exposition dit tout : plus qu’il n’y paraît. Ces dessins ne sont pas des images décoratives mais des traces de processus transformateurs. Leur sens véritable réside dans les heures de présence totale qu’ils ont demandées, dans la transformation du dessinateur pendant l’exécution. L’importance du faire : nous vivons dans un monde d’images instantanées, fausses, de concepts rapides. Ces dessins résistent par leur lenteur. Ils ne peuvent être délégués, accélérés, contournés. Ils demandent que le corps traverse l’expérience, heure après heure, trait après trait. Cette lenteur est leur enseignement : devenir lumière est un processus incarné, pas une idée abstraite. Le dessin achevé n’est que le témoin visible d’une transformation invisible. L’or qui scintille est la mémoire « solidifiée » du geste qui l’a tracé. Et ce geste lui-même était déjà trace visible d’une réalité invisible : l’intrication universelle, la lumière consciente d’elle-même, la non-séparativité fondamentale de toute existence.

 

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